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SPIRULINE, aspects nutritionnels et thérapeutiques

Docteur Christophe Girardin-Andréani

 


Avant de développer l’état actuel des connaissances scientifiques sur la spiruline, il convient de préciser une terminologie confuse :

- spiruline est le nom commercial d’une cyanobactérie appartenant toujours au genre Arthrospira.

- spirulina est le nom commercial anglais de la même cyanobactérie.

- Spirulina est le nom scientifique et taxonomique d’une autre cyanobactérie fort éloignée des Arthrospira. Aucune à ce jour n’a été étudiée sous l’angle de l’alimentation humaine, et aucune n’est commercialisée à cette fin.

- Arthrospira est le nom scientifique et taxonomique d’un groupe de cyanobactéries auxquelles appartient notre spiruline alimentaire ( voir à ce sujet la taxonomie établie par le Professeur Jacques Falquet, de la fondation Antenna Technology et l’Université de Genève, sur http://www.antenna.ch/background.htm) [1].

Qu’est-ce que la spiruline ?

La spiruline est considérée souvent comme une algue planctonique microscopique ; c’est en fait une bactérie appartenant aux cyanobactéries filamenteuses du genre Arthrospira, le plus souvent enroulée en spires (d’où son nom commercial).

Son milieu naturel de croissance se trouve dans certains lacs chauds et alcalins du Tchad et du Mexique (vallée de Texcoco). La spiruline est en fait la plus ancienne forme de vie « verte », apparue sur la terre il y a environ 3,5 milliards d’années.

Les Aztèques et les peuplades autochtones du Tchad l’ont consommée pendant des siècles, et elle fait encore l’objet d’une récolte, d’une consommation et d’un commerce importants chez les tchadiens, qui la nomment dihé.

La spiruline présente une concentration en protéines exceptionnelle (jusqu’à 70%), et elle est particulièrement riche en nutriments d’une grande valeur :

- bêta-carotène
- fer bio-disponible
- acides gras essentiels
- vitamines B12
- vitamines E et du groupe B
- calcium, zinc, sélénium, phosphore, magnéssium…
- molécules polysaccharidiques et polypeptidiques complexes.

Historique :

La spiruline, si elle est l’une des premières formes de vie terrestre, n’en a pas moins suscité que tardivement l’intérêt des scientifiques occidentaux.

La première mention écrite que l’on connaisse remonte à Cortès, qui en ses mémoires décrit vers 1521 la façon dont les aztèques la récoltaient et la consommaient : après l’avoir faite sécher au soleil, ils obtenaient des sortes de pains, les tecuitlatl, qui étaient en fait la base de leur alimentation.

Elle fut redécouverte au Tchad vers 1930 par un pharmacien français des troupes coloniales. En 1959, Brandilly, anthropologue et cinéaste, publie un article sur la spiruline : « Depuis des lustres, une tribu africaine du Tchad (les Kanembous) exploite la nourriture de l’an 2000 »

Depuis les années 80, la spiruline a fait l’objet de plusieurs dizaines d’études scientifiques, par des chercheurs du monde entier, et nous sommes encore loin de connaître tous les effets bénéfiques d’une consommation quotidienne de spiruline.

Biologie et composition de la spiruline :

Les cyanobactéries peuvent être pluri- ou unicellulaires et tirent leur énergie de la photosynthèse (présence de chlorophylle).


Quand elles sont pluricellulaires, elles s’organisent en amas formant colonies ou encore en filaments, les trichomes.

Leur paroi est de type Gram- et, malgré leur système photosynthétique, ce sont des procaryotes vrais. Le photosystème est inclus dans des granules qui contiennent aussi un pigment rare, la phycocyanine, dont nous verrons ultérieurement l’intérêt. Ce pigment protéique confère à la spiruline sa couleur bleu vert, ainsi qu’une fluorescence rouge.

Les cyanobactéries ne possèdent pas de cycle de Krebs complet et absorbent carbone et énergie sous forme de glycogène, selon le cycle de Calvin. Beaucoup de cyanobactéries sont capables de fixer l’azote de l’air, grâces à des structures spécialisées appelées hétérocystes.

Elles se déplacent dans les liquides à l’aide de vacuoles gazeuses ou encore par glissement, à l’aide de microfibres.

La composition de la spiruline est unique au monde :

- Protéines : entre 50 et 70% du poids sec, c’est-à-dire environ le double du soja, qui est la deuxième meilleure source connue. On y trouve l’ensemble des acides aminésessentiels, y compris les acides aminés soufrés (méthionine et cystéine). En plus des acides aminés simples, la spiruline contient des polypeptides complexes comme la phycocyanine, dont nous verrons plus loin l’intérêt thérapeutique.

- Lipides : en totalité ils représentent moins de 10% du poids sec. Les plus intéressants sont les acides palmitique, palmitoléïque, oléïque, et surtout gamma-linolénique (omega 6). La richesse de la spiruline en AGL est d’autant plus intéressante qu’on ne trouve par ailleurs cet AGE que dans l’huile de bourrache, de primevère et d’onagre.

- Glucides : entre 15 et 25% de la matière sèche. Les glucides simples sont en très faible quantité, ce qui est plutôt un avantage sur le plan diététique. La spiruline contient par ailleurs du méso-inositol phosphate, excellente source de phosphore organique. Les polysaccharides de la spiruline présentent de multiples intérêts thérapeutiques, notamment dans la stimulation des mécanismes de réparation de l’ADN, dans son effet radio-protecteur et dans la neutralisation des radicaux libres.

- Acides Nucléiques : de 4 à 6% de la matière sèche (1/4 ADN, 3/4 ARN). La dégradation biochimique des acides nucléiques pourrait à la longue augmenter le taux sérique d’acide urique. Toutefois, il faudrait pour obtenir cet effet nocif consommer plus de 80 grammes de spiruline sèche par jour, soit 20 fois plus que la dose nécessaire et suffisante habituellement.

- Bêta-carotène (provitamine A) : jusqu’à 1700 mg par kilo. Aucun risque de surdosage n’est à craindre, du fait de l’absence de vitamine A. Le bêta-carotène représente 80% des caroténoïdes de la spiruline. Celui-ci est particulièrement biodisponible et son rôle dans la lutte contre les radicaux libres, la cécité par avitaminose A (symptôme de la tache de Bitot), certains types de cancers, le blocage de la transmission mère/enfant du VIH, n’est plus à démontrer.

- Tocophérols (vitamine E) : de 50 à 190 mg par kilo, soit autant que le germe de blé. Les propriétés anti-oxydantes de la vitamine E renforcent l’effet anti-âge du bêtacarotène.

- Vitamines du groupe B : avec la levure de bière, la spiruline est une excellente source de ces vitamines aux multiples actions : rôle dans le métabolisme des glucides, lipides et protides, dans le métabolisme des hormones, dans la transmission de l’influx nerveux et le mécanisme de la respiration. Elles sont indispensables à la croissance, à la production d’énergie et au bon fonctionnement du système immunitaire. La vitamine B9 ou acide folique est anti-anémiante et anti-cancérigène, et stimule la croissance du système nerveux et de la moelle osseuse. La vitamine B1 ou thiamine est anti-stress.

- Vitamine B12 : nous la traitons à part, car la spiruline est la seule source végétale connue de cette vitamine. Ce qui rend la spiruline particulièrement intéressante dans le cas de l’alimentation des personnes âgées dénutries, des anorexiques ou des végétariens stricts.

- Minéraux et oligo-éléments : calcium, magnésium, phosphore, fer, zinc, cuivre, chrome, manganèse, sodium, potassium. Les plus intéressants sont le fer, le magnésium, le calcium, le phosphore et le potassium. La présence de fer biodisponible est à souligner, le fer présent dans les autres végétaux n’étant pas assimilable par l’homme. On doit noter également la présence de sélénium et de fluor,
aux effets positifs certains (lutte contre les radicaux libres, prévention de la carie dentaire).

- Molécules complexes polypeptidiques et polysaccharidiques : depuis 1995/1996, plusieurs équipes de chercheurs [1] ont mis en évidence le rôle immuno-stimulant joué par des molécules comme la phycocyanine, pigment respiratoire, et le calciumspirulan.

Intérêt nutritionnel chez l’homme :

La spiruline ne disposant pas de paroi cellulosique peut donc être facilement digérée par l’homme.

La digestibilité des protéines est mesurée par la NPU ou Utilisation Protéique Nette. Celle de la spiruline est de 85 à 92% de celle de la caséine pure qui sert de référence, ce qui représente
un score exceptionnel.

L’assimilation des protéines est mesurée par la PER ou Efficacité Protéique. Celle de la spiruline est selon les auteurs de 1,80 à 2,60, celle de la caséine pure étant de 2,5 (maïs 1,23 ; blé 1,15).

La présence de nombreux oligo-éléments et vitamines, ainsi que la présence, unique dans le domaine végétal, de fer bio-disponible et de vitamine B12, font que la spiruline est un complément alimentaire de choix, voire un aliment à part entière, dans le cas de patients en état de faiblesse ponctuelle ou chronique (convalescents, enfants dénutris, anorexiques, personnes âgées…). La faible quantité de spiruline nécessaire à une ré-équilibration alimentaire ainsi que son faible coût devrait rendre son utilisation régulière en milieu hospitalier.

Intérêts thérapeutiques de la spiruline :

Etablir une bibliographie exhaustive des nombreuses études menées depuis les années 80 sur la spiruline sort du cadre étroit de ce mémoire succinct.

On trouvera une liste complète des travaux dans l’article de Belay A. et Ota Y. «Current nowledge on potential health benefits of spirulina» [2].

Nous allons examiner point par point et indication par indication les mécanismes d’action de la spiruline. A noter bien entendu que certaines indications se recoupent, comme l’action antiâge des anti-oxydants et l’action anti-cancer, et cette même action anti-cancer avec le développement du système immunitaire (stimulation des cellules tueuses naturelles ou NK en particulier).

1/ Action anti-cancer :

Plusieurs chercheurs [3] n’hésitent pas à écrire que la spiruline provoque la régression et l’inhibition des cancers.

Le premier mécanisme en cause concerne l’action des polysaccharides membranaires complexes, qui agissent en stimulant l’action des endonucléases réparatrices de l’ADN nucléaire. En effet, une des causes probables de la création d’une cellule cancéreuse est l’action des radiations et des toxines cancérigènes altérant l’ADN. Voir à ce sujet Babu M. [4] ; Lisheng L. [5] ; Pang Qishen [6].

Participant à l’action anti-cancer, les polysaccharides de la spiruline agissent aussi en accélérant l’élimination de certains radio-isotopes, comme il a été démontré par Loseva L.P. et Dardynskaya I.V. en 1993, par l’étude de l’effet de la spiruline sur un groupe d’enfants de la région de Tchernobyl [7].

Par ailleurs, une étude portant sur 270 enfants vivant dans des zones radio-actives (Tchernobyl) et porteurs de graves atteintes de la moelle osseuse (avec des taux d’IgE supérieurs à la normale et une baisse catastrophique des défenses immunitaires), a permis de constater qu’une prise quotidienne de cinq grammes seulement de spiruline normalisait totalement l’état de santé de ces enfants, en moins de six semaines [8].

Deux autres mécanismes impliqués dans l’effet anti-cancer sont d’une part le potentiel antioxydant de la spiruline (caroténoïdes, vitamine E, zinc, sélénium), d’autre part la stimulation du système immunitaire, tant sur le plan humoral que cellulaire. Nous allons les examiner en détail.

2/ Renforcement du système immunitaire (action anti-virale et anti-cancer) :

En avril 1996, des scientifiques du laboratoire de pathogenèse virale, du Dana-Faber Cancer Institute et de la faculté de médecine de Harvard, Boston (Massassuchets) déclarent :
« L’extrait à l’eau de la spiruline permet d’inhiber la réplication du VIH-1 dans des lymphocytes T d’origine humaine et dans les cellules sanguines mononucléaires périphériques » [9].

D’autres scientifiques affirment :
«le calcium-spirulan, extrait aqueux, offre beaucoup de promesses dans le traitement… des infections au VIH-1, au HSV-1 et au HCM» [10]. Il semblerait que cette molécule glucidique polymérisée agisse en empêchant le virus de pénétrer la membrane cellulaire, le rendant impuissant à « pirater » les mécanismes de synthèse indispensables à sa réplication.

Des études trop nombreuses pour être citées ici indiquent à l’unanimité que la spiruline, même en petites quantités, augmente à la fois l’immunité humorale (anti-corps, cytokines) et cellulaire (lymphocytes T, macrophages, cellules B et aussi les cellules tueuses naturelles ou
NK, qui ont l’avantage d’être anti-cancéreuses). Les organes fabriquant ces éléments sont également stimulés par la spiruline (thymus, rate, glandes lymphatiques, végétations adénoïdes, amygdales et moelle osseuse). Voir à ce propos les travaux de Qureshi M.A. [11] et de Hayashi O. [12].

Des scientifiques chinois ont démontré que la phycocyanine, pigment polypeptidique présent dans le photosystème de la spiruline, stimulait l’hématopoïèse (création des éléments figurés du sang) par une action similaire à celle de l’hormone érythropoïétine ou EPO [13].

Nous savons aujourd’hui qu’un système immunitaire efficace dépend aussi d’un apport régulier en fer et en acides gras essentiels, que peut apporter la spiruline. Bien qu’étant un ouvrage de vulgarisation, le livre du Docteur Atkins, médecin new-yorkais spécialisé dans la lutte contre le vieillissement, nous apporte d’amples précisions à ce sujet [14].

3/ Effet anti-oxydant, donc anti-cancéreux et anti-âge :

Le même ouvrage est particulièrement documenté sur les effets délétères des radicaux libres et sur les armes dont nous disposons pour les combattre : les anti-oxydants.

La spiruline présente un arsenal complet et synergique sous forme de bêta-carotène, vitamine E, Zinc et Sélénium, qui comptent parmi les anti-oxydants les plus efficaces dont on puisse disposer.

La théorie radicalaire du vieillissement cellulaire et organique a été émise pour la première fois en 1954, par un chercheur américain nommé Denham Harman. Cinquante ans de recherche ont depuis confirmé cette théorie, et l’on sait depuis peu que la première manifestation causale du vieillissement se situe au niveau de la mitochondrie.

Une étude américaine récente, puisqu’elle n’a été publiée que le 19 février 2002, explicite le rôle anti-oxydant joué par l’acétyl-L-carnitine et l’acide alpha-lipoïque au niveau de la mitochondrie, ce qui se manifeste par une baisse marquée des symptomes liés à l’âge, sur une population d’animaux vieillissants : protection des cellules cérébrales, amélioration de la mémoire et de l’audition, recyclage du CoQ10, augmentation du niveau d’acides nucléïques dans les tissus [15].

Nous ne résistons pas au plaisir de citer le commentaire du Docteur Ames lui-même : « Avec ces deux suppléments ensemble, les rats âgés se sont levés et ont dansé la Macarena » [16].

Nous citons ces travaux pour bien démontrer que la spiruline, bien que dépourvue d’acide alpha-lipoïque et d’acétyl-L-carnitine, n ‘en contient pas moins d’autres anti-oxydants à forte concentration, et qu’elle occupe une place de choix dans notre arsenal anti-âge.

4/ Autres avantages possibles pour la santé :

La recherche sur la spiruline est toujours en cours, et nous pouvons d’ores et déjà affirmer que cette algue-bactérie, en plus des actions déjà développées, agit aussi en tant qu’agent antiinflammatoire (présence d’acide gamma-linolénique, précurseur des prostaglandines et de ce
fait régulateur du cycle menstruel).

Il semblerait également que la spiruline agisse favorablement sur la flore intestinale, stimulant le développement de Bifidus et lactobacille. et empêchant la croissance pathologique de Escherichia coli et Candida albicans.

Principales indications de la spiruline

Elles sont multiples et découlent de la composition.

1/ Tous les états pathologiques déclarés (effet tonifiant, immuno-stimulant, richesse nutritionnelle, action sur le système sanguin et l’immunité humorale et cellulaire…). Parmi ces états, on doit citer le SIDA et le cancer, du fait principalement de l’action positive de la spiruline sur l’immunité, tant humorale que cellulaire (cellules tueuses naturelles ou NK, destructrices des cellules cancéreuses), de l’action des polysaccharides membranaires sur les endonucléases réparatrices de l’ADN, et de la neutralisation des radicaux libres par le bêtacarotène.
A noter aussi l’importance de la vitamine B12, qu’on ne trouve que dans la viande rouge et la spiruline, et qui est toujours fortement carencée chez les patients séropositifs [17].

2/ Toute personne saine désireuse d’augmenter son potentiel vital et sa longévité.

3/ Les femmes enceintes, même et surtout si elles sont séropositives, car une prise quotidienne de spiruline peut empêcher, grâce à la présence de bêta-carotène, la transmission du virus de la mère à l’enfant [18].

4/ Etats de déficience nutritive, pour les anorexiques, les végétariens, les personnes âgées, les convalescents… Une étude menée à l’hôpital Bichat a montré qu’il était possible de pallier la dénutrition et la malnutrition uniquement avec de la spiruline, sans risque de surdosage [19].

5/ Personnes contaminées, par le tabac, l’alcool, un environnement professionnel et/ou habituel polluant, y compris les métaux lourds et la radio-activité [7 ; 8].

6/ Carences en vitamines du groupe B, y compris anémie pernicieuse (carence en vitamine B12), et carence en fer. Cette dernière concerne 30% de la population occidentale, surtout féminine [14].

7/ Etat de fatigue, stress, enfants en croissance : «La spiruline est une véritable source de santé pour les enfants» (Miao Jian Ren) [20].

8/ Hypercholestérolémie et perturbations du bilan lipidique, grâce à l’apport de protéines et d’ acides gras essentiels comme l’AGL [14]. La spiruline aurait également un effet régulateur sur le taux de cholestérol sanguin [21].

9/ Troubles intestinaux, par régulation de la flore intestinale et stimulation du lactobacille et du Bifidus (Professeur Falquet, in « Spiruline, aspects nutritionnels, Antenna Technology, Genève, mai 1996) [1].

Intérêt de la spiruline en milieu hospitalier

Il découle de toute évidence des nombreux avantages ci-dessus énumérés et développés.

La spiruline, et en particulier spirulina corsa compte tenu de la rigueur de son élaboration, est parfaitement indiquée pour nourrir les personnes âgées (même celles qui le sont par sonde), les enfants dénutris, les convalescents… Sa haute digestibilité notamment, ainsi que sa non-toxicité et l’absence totale de risques de surdosage, en font le complément alimentaire de choix pour des organismes au système digestif déficient.

Son coût très faible d’utilisation (10 grammes par jour suffisent dans la plupart des cas) la rend concurrentielle par rapport aux autres substituts et compléments nutritifs. En tant qu’hygiéniste, nous sommes particulièrement sensible au problème des infections nosocomiales, conséquences inévitables de la mise en contact de patients aux défenses immunitaires fragilisées avec des bactéries et des virus de plus en plus résistants. L’usage de la spiruline au pouvoir immuno-stimulant avéré, dans un contexte autant tactique que stratégique, ne peut que rendre plus efficace la lutte permanente du personnel soignant contre le risque infectieux.

Pour résumer de façon schématique l’intérêt – ou plutôt les intérêts – nutritionnel de la spiruline en milieu hospitalier (HAD y compris), nous nous appuierons sur la composition siparticulière de cette algue miraculeuse et qui n’en est pas une :

1/ les protéines :

La spiruline convient parfaitement comme source unique de protéines. En effet, 70% du poids sec de la spiruline est de nature protéique, et tous les acides aminés essentiels sont représentés, méthionine et cystéine, acides aminés soufrés, compris.

Avec une NPU (utilisation protéique nette) et une PER (efficacité protéique), proches de celles de la caséine qui fait office de référence, nous avons entre les mains l’alternative parfaite aux compléments protéiques traditionnels.

Il est important de souligner qu’à l’encontre des herbivores, l’être humain ne dispose pas des enzymes nécessaires au métabolisme de la cellulose. Or, la spiruline étant dépourvue de cette substance, elle est parfaitement assimilable par notre système digestif.

Dans le cas de patients ne disposant pas d’autres sources d’alimentation en protéines, la quantité de spiruline nécessaire à un apport suffisant pourrait nous porter à craindre un surdosage en acides nucléiques, dont la dégradation métabolique pourrait amener une augmentation du taux sérique d’acide urique. Une étude réalisée à l’hôpital Bichat portant sur des patients ayant reçu jusqu’à 90 grammes de spiruline par jour n’a montré aucune augmentation de l’acide urique dans le sang [19].

2/ vitamines, oligo-éléments et acides gras essentiels :

les principaux oligo-éléments et vitamines sont représentés dans la spiruline, à l’exception toutefois de la vitamine C hydrosoluble.

Dans le cas de patients dénutris ou même en état de malnutrition sévère, il est particulièrement important de relever que les carences les plus importantes concernent le fer sérique et la vitamine B12, qu’on ne trouve habituellement que dans un régime carné.

Et ce n’est pas un des moindres intérêts de la spiruline, que d’être la seule source végétale connue de fer et de vitamine B12 bio-disponibles (les herbivores disposent dans leur tube digestif de bactéries capables de fabriquer la vitamine B12, ce qui n’est pas le cas des êtres humains et des carnivores en général)).

Le bêta-carotène ou provitamine A est un anti-oxydant majeur, qui à l’inverse de la vitamine A ne présente aucun risque de surdosage. Le premier chercheur à avoir dénoncé l’action des radicaux libres comme principale cause du vieillissement cellulaire s’appelle Denham Harman, et c’est en 1954 qu’il a émis sa théorie.

Les radicaux libres sont normalement formés au niveau des mitochondries, quand le glucose est oxydé pour produire l’énergie selon un processus complexe appelé cycle de Krebs. La production de radicaux libres est donc un phénomène métabolique inévitable.

Les patients sains luttent contre l’effet des radicaux libres grâce à un ensemble de substances plus ou moins complexes, les anti-oxydants, qui sont des vitamines, des oligo-éléments, des polyphénols et bio-flavonoïdes…

Dans le cas d’un patient âgé ou malade, la production des radicaux libres est augmentée, et la quantité d’anti-oxydants est diminuée. Ce qui est particulièrement vrai pour les patients dénutris et carencés (une alimentation équilibrée apporte en effet de nombreux anti-oxydants naturels, par les fruits et légumes essentiellement).

Par sa richesse en anti-oxydants naturels (bêta-carotène, vitamine E, zinc et sélénium), la spiruline est particulièrement indiquée pour compléter le régime alimentaire de tout malade, qu’il soit hospitalisé ou non.

3/ molécules polysaccharidiques et polypeptidiques complexes :

Elles présentent un intérêt majeur sur un plan thérapeutique, et nous avons déjà signalé que ces molécules présentaient une action démontrée dans la lutte contre le cancer, la stimulation du système immunitaire et l’hématopoïèse.

Nous avons vu que le calcium-spirulan et la phycocyanine développaient l’immunité humorale et cellulaire, inhibaient la réplication virale, stimulaient la production des globules rouges et blancs, aidaient à l’élimination des substances radio-toxiques…

Il est donc évident que la spiruline tient sa place dans la lutte que nous menons contre les infections nosocomiales, et il est probable qu’en généraliser l’emploi en milieu hospitalier pourrait faire baisser l’incidence des pathologies infectieuses, et donc la mortalité.

Posologie conseillée en milieu hospitalier

Nous nous baserons sur l’apport journalier recommandé en protéines (AJR), qui est de 1 gramme par kilo de poids corporel, soit 70 grammes par jour pour un adulte de 70 KG.

Même si l’apport protéique est uniquement fourni par la spiruline, nous sommes en dessous de la quantité risquant de provoquer une augmentation du taux sérique d’acide urique, si nous nous en tenons à l’étude réalisée à l’hôpital Bichat [19].

1/ cas d’un apport protéique consistant uniquement en spiruline :

patient pesant 50 KG : 70 grammes de spiruline par jour (coût approximatif quotidien : 5,8 €).

2/ cas d’un apport protéique à 50% de spiruline :

patient pesant 50 KG : 35 grammes de spiruline par jour (coût approximatif : 2,9 €).

Il conviendra au diététicien d’évaluer l’apport protéique autre que la spiruline, et de calculer la quantité de spiruline nécessaire pour compléter cet apport, sur une base de 7 grammes de protéines pour 10 grammes de spiruline.

Originalité de Spirulina Corsa

Spirulina corsa est le nom commercial d’une spiruline élaborée en Corse du Sud (seule production européenne après la disparition du site espagnol de production).

Cette culture de spiruline se fait de façon artisanale, à partir de souches sélectionnées et de haute qualité.

Les milieux de culture sont enrichis en germe de blé, extraits de thé vert (riches en antioxydants très efficaces et complémentaires de ceux déjà présents dans la spiruline, les polyphénols) et de plantes marines (pour augmenter la teneur en iode). Afin d’éviter la dégénérescence de nos souches de spiruline, nous ajoutons régulièrement d’importantes quantités de spiruline « étrangère » et de diverses provenances dans nos bacs de production.

La production, depuis le stade de la préparation des bains et des ensemencements, jusqu’aux phases ultimes du conditionnement, est conforme aux normes et aux règles les plus strictes d’hygiène microbiologique et chimique.

Nous cultivons et conditionnons notre spiruline selon une charte qualité beaucoup plus stricte que la réglementation européenne ne l’exige. En effet, le système HACCP de rigueur dans les établissements « alimentaires » se contente de contrôles aléatoires, qui nous semblent insuffisants car ponctuels.

Dans nos structures, c’est chaque étape qui est en permanence sous un contrôle interne excluant toute complaisance. De plus, chaque lot répertorié fait l’objet d’un double contrôle, microbiologique et chimique, réalisé par un laboratoire indépendant (méthode d’échantillonnages).

La spiruline existe à l’état naturel dans les lacs chauds du Kanem (Tchad) et de la vallée du Texcoco (Mexique) où elle fait l’objet d’une consommation traditionnelle selon un principe économique primitif type « chasse-cueillette ».

La spiruline est également cultivée de façon familiale dans certaines régions en voie de développement où sévit une malnutrition endémique. L’initiative de cette production provient de la Fondation Antenna Technology, qui avec l’aide de l’OMS implante dans ces régions défavorisées des bacs de culture simples mais efficaces.

En dehors de ces productions locales, la spiruline est cultivée de façon industrielle dans de nombreux pays, avec des résultats plus ou moins heureux quant à la qualité finale du produit élaboré. En effet, les impératifs de productivité conduisent les exploitants à baisser le pH des
milieux de culture, ce qui se traduit par une contamination microbiologique et oblige à stériliser la spiruline produite, souvent aux rayons gamma, ou pour le moins à la pasteuriser. Ce qui lui fait perdre une partie non négligeable de son intérêt nutritionnel.

De plus, et nous l’avons déjà cité plus haut, la spiruline industrielle est séchée selon la méthode dite de pulvérisation qui fait perdre jusqu’à 20% des protéines et une quantité importante de vitamines, quantité non encore évaluée avec précision.

Spirulina corsa est à notre connaissance la seule spiruline commercialisée, qui présente au plus près les qualités de la spiruline naturelle.

CONCLUSIONS

Nous nous ferons l’écho des paroles du Professeur Falquet [1], qui déclare : « Une telle profusion d’applications thérapeutiques laisse planer l’image de potion miracle sur la spiruline ».

Nous conclurons pour notre part que les multiples effets thérapeutiques de la spiruline, tant curatifs que préventifs, en font un complément alimentaire UNIVERSEL – ce qui est peutêtre un cas unique dans le vaste domaine de la phytothérapie. Celle-ci peut être prescrite à tout
le monde, enfants, jeunes et vieux, malades même gravement atteints et non-malades, sans aucun effet secondaire indésirable ni risque de surdosage.

A noter que la posologie quotidienne recommandée pour un adulte de 70 kg est de 3 grammes seulement par jour, et qu’elle peut être augmentée sans inquiétude suivant la gravité des pathologies à 80 ou 90 grammes par jour [19].

Nous avons vu déjà que la spiruline a fait l’objet depuis des siècles d’une récolte et d’une consommation traditionnelles chez les peuples autochtones du Tchad (Kanembous) et du Mexique (Aztèques).

La spiruline n’a cependant suscité l’intérêt des scientifiques occidentaux que tardivement, dans les années soixante-dix.

D’abord étudiée et reconnue comme aliment intéressant pour sa richesse en protéines, puis pour sa forte composition en vitamines du groupe B et en oligo-éléments, le spiruline s’est imposée comme la source la plus importante connue en :

- protéines

- bêta-carotène (plus que la carotte)

- fer végétal bio-disponible (en fait, la seule source végétale connue)

- vitamine B12 (également la seule source végétale connue)

- acide gamma-linolénique ou AGL, en concurrence avec des huiles rares, bourrache, onagre, primevère.

Dernièrement, en 1995/1996 [1 ; 3 ; 9 ; 10 ; 13] les scientifiques ont découvert au sein de la membrane cellulaire et des unités respiratoires de la spiruline des molécules complexes, polysaccharides et polypeptides (calcium-spirulan et phycocyanine), dont les propriétés immuno-stimulantes sont peut-être le cadeau le plus somptueux que le monde végétal puisse faire à l’Homme. Ces principes actifs au mécanisme encore mal connu, s’ils ne représentent peut-être pas la solution définitive aux problèmes des maladies infectieuses et dégénératives (sida, cancer), sont en tout cas des adjuvants non négligeables et sans effets secondaires nocifs aux traitements actuellement reconnus…

Bibliographie

[1] – Professeur Falquet J., in « Spiruline, aspects nutritionnels », Antenna Technology, Genève, mai 1996.

[2] – Belay A. et Ota Y., in «Current knowledge on potential health benefits of spirulina», Journal of AppliedPhycology, Vol. 5, pp 235-241, 1993.

[3] – Kozlenko R. et Henson R. H., in “Effets sur le virus du sida, le cancer et le système immunitaire”, http://www.spirulina.com/SPLNews.html.

[4] – Babu M., Nutrition et Cancer, Vol. 24, pp 197-202, 1995.

[5] – Lisheng L., Marine Sciences, Qindao China, Vol. 5, pp 33-38, 1991.

[6] – Pang Qishen, Acta Genetica Sineca (Journal Chinois de Génétique), Vol. 15, pp 374-381.

[7] – Loseva L.P. et Dardynskaya I.V., in “Spirulina natural sorbent of radionucleid”, Rechearch Institute of Radiation Medicine, Minsk, Belarus, 1991.

[8] – Evets L.B., Grodenski State Medical University, 1994.

[9) – Ayehunie S. et Coll., 7th Conference, Knysna, South Africa, 17 avril 1996.

[10] – Hayashi T. et K., Journal of Natural Products, Vol. 59, N° 1, pp 83-87, 1996.

[11] – Qureshi M.A., Journal of Nutritional Immunology, Vol. 3, pp 35-45, 1995.

[12] – Hayashi O., in Journal of Nutritional Sciences et Vitaminology, Vol. 40, pp 431-441, 1996.

[13] – Zhang C. et Coll., in «The effects of polyssaccharids and phycocyanin…», Second Asia-Pacific Conference on Alga Biotechnology, 25-27 avril 1994.

[14] – Atkins R., in « Le Régime Anti-Âge », Plon 2001.

[15] – Docteur Ames, Proceeding Academy of Sciences USA, Issue 4, pp 1870-1875, pp 1876-1881 , pp 2356- 2361, 19 fév.2002.

(16] – Docteur Ames, Revue Nutranews, Edition Fondation pour le Libre Choix, septembre 2002, Thionville.

[17] – Rule S.A. et Coll., in « Serum vitamin B12 in early disease », American Journal of Hematology, Vol. 47, 1994.

[18] – Semba R.D. et Coll., in « Maternal vitamin A deficiency and mother to children transmission of VIH-1 », the Lancet 343, 1994.

[19] – Sautier C. et Trémollières J., in « Valeur alimentaire des algues spiruline chez l’Homme », Annales de la Nutrition et de l’Alimentation, Vol. 29, pp 517-533, 1975.

[20] – Miao Jian Ren, in «Spirulina in Jianghi China», Society of Applied Algology, Conférence donnée à Lille en septembre 1987.

[21] – Nayaka N. et Coll., in « Cholestérol lowering effect of spirulina », Nutrition Reports International, Vol. 37 (6), 1988.

 


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